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Le tritium dans l’eau potable : la pointe de l’iceberg

10/03/2009

Ottawa, le 4 mars 2009. Les événements récents ont mis en lumière une réticence de la part d’Énergie atomique du Canada limitée et de la Commission canadienne de la sûreté nucléaire (CCSN) à fournir aux Canadiennes et Canadiens et à leurs députés de l’information scientifique objective sur les matériaux radioactifs déchargés dans la rivière des Outaouais, source d’eau potable pour une population importante en aval de Chalk River.

Les deux agences fédérales ont camouflé les détails entourant le rejet d’importantes quantités de tritium radioactif dans l’air et dans la rivière entre décembre et février. La ministre de Ressources naturelles Canada, qu’on avait apparemment mal informée dans ce dossier, a dit à la Chambre des communes qu’aucun rejet de matière radioactive n’avait eu lieu dans la rivière des Outaouais, alors qu’en fait au moins 28 mille milliards de becquerels avaient délibérément été déversés dans la rivière sous forme de « rejets contrôlés ».

Cela s’ajoute aux quelque quatre mille milliards de becquerels de vapeur d’eau au tritium relâchés dans l’atmosphère le 5 décembre 2008 et aux 11 mille milliards de becquerels relâchés dans l’air le 22 janvier 2009.

« Il s’agit de très grandes quantités de radioactivité. Il est tout à fait inapproprié de comparer de telles quantités à l’eau qui goutte d’un robinet, comme l’a fait Michael Binder alors qu’il témoignait devant le Comité permanent des ressources naturelles, déclare Michel Duguay, Ph. D., physicien nucléaire de formation et professeur de génie électrique à l’Université Laval.

M. Binder, président de la Commission canadienne de la sûreté nucléaire, a dit aux membres de ce comité de la Chambre des communes que les rejets de tritium du réacteur NRU de Chalk River « n’étaient d’aucun intérêt » et ne présentaient aucun risque pour la santé et la sécurité du public. La loi créant la CCSN exige que cet organisme doit non seulement veiller sur la santé et la sûreté du public, mais qu’il doit aussi diffuser de l’information scientifique objective sur la nature des risques.

Selon Gordon Edwards, Ph. D., président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire : « C’est irresponsable et scientifiquement incorrect de déclarer qu’il n’y a pas de risque lorsqu’on ajoute un cancérogène connu à l’eau potable d’une importante population. La grand public a droit à la vérité : il n’y a pas de seuil sécuritaire d’exposition à une substance cancérogène, qu’elle soit radioactive ou pas. Le tritium touche en particulier les femmes enceintes et leurs enfants à venir parce qu’il peut causer des anomalies dans les embryons en développement, tel qu’attesté dans de nombreuses études expérimentales sur animaux. Le tritium cause aussi des dommages au niveau génétique ».

Meredith Brown, de Sentinelle Outaouais, rapporte que « les niveaux de tritium radioactif dans l’eau potable de la rivière des Outaouais sont invariablement deux, trois ou quatre fois le niveau de fond, et parfois même plus, à cause de la contamination provenant des installations nucléaires en amont, soit à Chalk River et à Pembroke ». On peut calculer qu’un adulte qui boit régulièrement l’eau de la rivière subira des centaines de désintégrations radioactives par seconde dans son corps (soit presque un million de désintégrations par heure) à cause du tritium contenu dans l’eau potable. Les installations municipales de traitement de l’eau ne peuvent en extraire le tritium. « Les citoyens ont le droit de savoir ce qu’il y a dans l’eau qu’ils boivent et qu’ils donnent à leurs enfants. On devrait interdire le déversement délibéré de tritium dans la rivière », ajoute madame Brown.

Michel Duguay fait remarquer que le tritium est un problème particulier au Canada, à cause du fait qu’on utilise de l’eau lourde dans les réacteurs canadiens. « L’eau lourde n’est pas radioactive, explique-t-il, mais dans un réacteur canadien, le tritium est créé par le bombardement de l’eau lourde par des neutrons. Les autres types de réacteurs, qui n’utilisent pas l’eau lourde, produisent beaucoup moins de tritium ».

Le tritium est simplement une forme radioactive de l’hydrogène. Et puisque l’hydrogène se trouve plutôt sous forme d’eau, on trouve donc le tritium sous forme d’eau radioactive. M. Duguay ajoute que « l’eau contaminée au tritium ne peut pas être filtrée pour la séparer de l’eau ordinaire parce qu’elle est parfaitement semblable à l’eau ordinaire, sauf qu’elle est radioactive ».

Lynn Jones, du Renfrew County Concerned Citizens Committee, note qu’on a construit une usine d’extraction du tritium à Darlington, en Ontario, afin de réduire l’exposition aux rayonnements des travailleurs oeuvrant dans les centrales nucléaires CANDU. « L’existence même de l’usine de Darlington montre à quel point le tritium est considéré comme dangereux pour les travailleurs. Mais maintenant, on commercialise ce déchet radioactif en l’envoyant à SRB Technologies, à Pembroke, en Ontario, où on fabrique des enseignes de sortie auto-lumineuses en les remplissant de tritium. Cette compagnie contribue à polluer non seulement l’atmosphère et la rivière des Outaouais, mais elle exporte du même coup le problème à d’autres pays, et ce avec un permis d’exploitation de la CCSN ».

Robert Del Tredici, fondateur de l’Atomic Photographers Guild, fait remarquer que ce problème de contamination au tritium de la rivière des Outaouais n’est que la pointe d’un assez gros iceberg. « Le tritium, produit en masse dans tous les réacteurs nucléaires canadiens, est un sous-produit dangereux et indésirable. Il finit par se trouver dans l’eau qu’on boit, l’air qu’on respire, la nourriture qu’on mange et jusque dans les cellules de notre corps. Cela est en flagrante contradiction avec ce qu’en dit l’industrie, qui prétend que le nucléaire est une forme d’énergie propre et verte », affirme-t-il.

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Tritium – alerte publique (TAP) est un projet volontaire et coopératif comprenant Concerned Citizens of Renfrew County, le Regroupement pour la surveillance du nucléaire, Sentinelle Outaouais et le Mouvement vert Mauricie.

Pour de plus amples renseignements, veuillez contacter :
Gordon Edwards : 514-489-2665
Michel Duguay : 418-802-2740

Communiqué
Tritium – Alerte Publique le 17 février 2009 pdf

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